Le portrait du mois – Thibaud AMELOT, Enseignant APA, Président & Fondateur de Sport Santé Domicile
- Quel est votre parcours?
J’ai toujours voulu travailler dans le milieu du sport et de la santé. Cet intérêt remonte au lycée, en classe de terminale, je pratiquais le tennis et j’ai entendu parler pour la première fois de l’activité physique adaptée qui visait à améliorer la santé des personnes par le sport. Je me suis orienté en licence STAPS Parcours Activité Physique Adaptée-Santé à Dijon. Mais une fois diplômé, j’ai compris que la réalité du terrain était bien différente de ce qu’on nous avait appris à la fac!
Comme je voulais toucher les personnes éloignées de l’activité physique, j’ai postulé dans des centres de rééducation, mais les postes étaient rares et les candidats nombreux dans cette ville universitaire.
J’avais des contacts à Auxerre. Là-bas, mon grand-père était considéré comme le “Monsieur sport” de la ville. Il avait créé et présidé pendant 32 ans l’office municipal des sports, et avait été l’adjoint aux sports de Jean-Pierre Soisson. J’ai su qu’un établissement de xx cherchait un enseignant APA pour des remplacements, mais pas en tant que salarié. Je me suis donc mis à mon compte, ce qui était un nouveau défi. Et puis un deuxième établissement m’a sollicité et assez vite, j’ai atteint un volume d’activité important.
Mais je n’étais pas satisfait! Je passais des semaines à accompagner des personnes pour qu’elles soient prêtes à retourner chez elles, et une fois rentrées, plus rien. Résultat, je les voyais revenir quelques mois plus tard. C’est là que je me suis dit qu’il fallait aller au domicile des gens.
- Pourquoi avoir fondé Sport Santé Domicile ?
Socialement, les personnes qui ont le plus besoin d’accompagnement en sport adapté à domicile sont celles qui ont peu de moyens, or les séances coûtent chers. C’est un frein majeur! Il fallait donc trouver des aides. J’ai cru que le sport sur ordonnance pourrait être une solution, car en 2020, la prestation commençait à être remboursée par les mutuelles, mais c’était compliqué d’en bénéficier avant qu’ils ouvrent à davantage de bénéficiaires.
Je me suis alors tourné vers les services à domicile qui permettent à un particulier de pouvoir bénéficier d’une réduction fiscale de 50%. Pour des raisons administratives, en tant qu’indépendant, j’ai dû passer par un intermédiaire, une plateforme de coaching sportif. Mais l’activité physique adaptée n’était pas mise en avant, et il était difficile d’être reconnu.
J’ai donc pensé à créer ma propre plateforme spécialisée en activité physique adaptée. J’ai lancé Sport Santé Domicile en 2021 et le temps de créer mon site internet et de déterminer les services que je voulais proposer, j’ai démarré l’activité au printemps 2022.
- Sport Santé Domicile, c’est quoi ?
Au début, je parlais d’un annuaire, puis d’une plateforme et aujourd’hui je dirais que nous sommes le premier réseau de sport santé à domicile. J’ai commencé tout seul en 2022 avec 750 séances puis 3800 séances en 2023, 10 800 séances en 2024 et déjà fait 10 000 séances depuis le début de l’année 2025!
Nous sommes en plein essor avec une activité entrante de professionnels parmi les plus qualifiés qui rejoignent la plateforme et comme nous sommes très bien référencés sur le sport santé à domicile, les particuliers qui cherchent ces prestations arrivent sur notre site.
Je ne travaille plus seul, mais en famille. J’ai d’abord recruté ma mère, puis mon cousin et aujourd’hui, l’équipe compte sept personnes sur des postes administratifs et de terrain. J’ai prévu d’embaucher deux personnes en septembre, un commercial et un enseignant en APA et deux autres en janvier 2026, une personne sur la partie administrative et une en gestion de projets.
Développer cette entreprise n’a pas toujours été facile. Longtemps, j’ai cumulé les séances APA et les charges de chef d’entreprise sans me payer, mais aujourd’hui je suis fier de mon parcours. En 2024, j’ai reçu le trophée Entreprise de l’Yonne, dans la catégorie Elle se lance. J’ai pensé à mon grand-père, à cet héritage qu’il m’avait transmis. Il est mon modèle…
- Quelles sont les prochaines étapes pour Sport Santé Domicile ?
Notre objectif pour la fin 2025 est de consolider notre offre, nos outils et notre capacité à répondre aux besoins de la population, notamment sur le numérique. Nous avons de nombreux séniors parmi nos bénéficiaires et nous devons les accompagner sur la partie administrative (les services à la personne sont gérés par l’URSSAF). Pour cela, nous configurons notre nouveau logiciel depuis janvier qui devrait permettre un gain de temps sur les démarches administratives et une amélioration de la qualité de suivi pour les professionnels et les bénéficiaires.
En 2026, nous voulons développer notre offre et passer à l’échelle. Nous sommes en discussion avec les caisses de retraite, mais il n’y a pas de projet abouti pour le moment.
En revanche, la valeur de notre réseau intéresse et nous avons été approchés par des organismes qui souhaitent financer des séances d’activité physique adaptée pour leurs assurés. Comme cela ne relève plus du service à la personne, nous avons créé en 2023 une nouvelle société, 2SA, afin de monter des partenariats avec des mutuelles, des assurances, des organismes hospitaliers, d’hospitalisation à domicile (HAD), des Ehpad…
Avec cette structure, nous avons pu aussi adresser un nouveau public de professionnels qui rencontrent des contraintes physiques dans leur quotidien. Nous accompagnons par exemple des chauffeurs routiers et des personnels soignants, et nous organisons des ateliers de prévention et de sport santé en entreprise.
Mais nous avons encore beaucoup à faire pour aller toucher des personnes encore plus éloignées ou en situation de handicap. Pour cela, nous soutenons de belles initiatives locales portées par des associations, comme “Je bulle” à Montpellier qui propose de l’activité physique adaptée aux enfants atteints d’un cancer et qui sont suivis chez eux.
Notre objectif est que les personnes accompagnées à domicile restent le moins longtemps chez nous, qu’elles soient capables de reprendre des activités seules ou dans des Maisons Sport-Santé. Je rappelle que les recommandations de santé en France sont de pratiquer au moins 30 minutes d’activité modérée chaque jour ou 75 minutes d’activité plus intense par semaine, ou une combinaison équivalente. Or moins de la moitié des Français suivent ces recommandations et 30 millions de Français sont en surpoids ou obèses. Ces chiffres sont effrayants quand on sait que la sédentarité est un des premiers facteurs de risque évitable !
- Pourquoi êtes-vous membre de la French Care ?
Être membre de la French Care, nous a permis d’intégrer un réseau d’experts et de mieux comprendre les enjeux et les tendances de la santé et du sport. Nous nous sommes ainsi rapproché du PGI – le pôle de gérontologie et d’innovation – de Bourgogne Franche Comté, qui est aussi membre de la French Care. Nous avons pu faire connaître nos services dans la silver économie.
Il est important aussi pour nous d’être accompagnés sur les points essentiels du développement des startups. Nous recherchons actuellement des fonds pour passer à l’échelle et nous sommes accompagnés par Bpifrance et le réseau Initiative France.