Portrait de Samuel SANCERNI, Président et CEO de DMS Imaging

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● Quel est votre parcours ?

Je suis haut-savoyard mais mes études m’ont amené à Montpellier où j’ai passé un DUT de mesures physiques. Dans la foulée, j’ai commencé à travailler à l’IMIM, l’Institut Montpelliérain d’Imagerie Médico-biologique et de Mastologie, qui accompagne les femmes de plus de 50 ans dans le dépistage du cancer du sein grâce à une unité mobile.

J’ai ensuite effectué une mission d’un an pour le CEA près de Bordeaux et j’ai décidé de reprendre des études. J’ai passé un diplôme d’ingénieur à Grenoble et je suis entré chez DMS en 2001. J’étais responsable export pour l’Europe de l’Est et l’Asie centrale.
Quelques années après, j’ai complété ma formation avec un Master de l’IAE en commerce international et une Certification HEC en stratégie d’entreprise et en Finances d’entreprise. Je suis devenu Directeur Export.

A partir de 2010, suite à un changement de direction et à une stratégie de diversification de l’offre, DMS a enregistré de lourdes pertes. En 2022, nous étions au bord de la faillite avec 6 millions de pertes par an.

J’ai été nommé PDG du groupe avec une feuille de route très claire, se reconcentrer sur le métier historique de DMS, à savoir l’imagerie médicale et la radiologie conventionnelle qui représente 50% des examens de première intention en France et probablement 75% dans le monde.

● DMS Imaging, c’est quoi ?

DMS Imaging est un industriel français spécialisé dans le développement, la conception, la fabrication et la commercialisation de systèmes d’imagerie médicale. Nous sommes tournés vers l’international avec une présence dans plus de 140 pays et 14 nationalités se côtoient sur notre site de Gallargues-le-Montueux, près de Montpellier.

Nous sommes une grosse PME (bientôt une ETI), cotée en bourse depuis 1999, qui doit faire face à des acteurs majeurs comme Canon Medical Systems Europe ou Fujifilm Healthcare ou encore General Electric. Pour les concurrencer, nous avions le choix de nous positionner sur un produit d’exception dans un marché d’ultra niche, mais nous avons adopté une autre stratégie, celle de fabriquer des équipements conçus et designés que nous leur proposons en complément de gamme. Nous avons fait le choix de la valeur et du meilleur service rendu pour le patient et du diagnostic sécurisé pour le professionnel de santé en collaboration avec ces acteurs majeurs.

Nous sommes devenus partenaires de ces gros acteurs de la Medtech. On fabrique pour eux. Nous sommes le fournisseur exclusif de Fujifilm Healthcare en France pour nos solutions de salles télécommandées et nous faisons 50% de notre CA en marque blanche, les 50% restant en vente directe. En 2022, avec le comité de direction de DMS, nous avons établi le plan stratégique Imaging 2027 centré sur le développement de produits et d’importants investissements en R&D dans le but de doper notre croissance. Nous avons autant de salariés en R&D qu’en production et tout le monde travaille ensemble, du bac pro au PhD.

Notre objectif est d’atteindre les 70 millions d’euros de CA en 2027. Nous étions à 50 millions l’année dernière. Pour cela, nous avons misé sur l’imagerie mobile qui correspond à un levier de croissance important pour nous.

● Quels sont les produits phares de DMS Imaging?

Plutôt que d’amener le patient vers la salle d’examen et le plateau technique central, nous avons développé deux équipements mobiles, Onyx et M1 qui viennent en complément de gamme de nos salles fixes

Onyx est notre produit le plus innovant. Nous avons intégré une technologie de rupture, les tubes à rayons X à cathode froide. Ce sont des tubes à nanotubes de carbone (CNT) qui permettent de miniaturiser et d’alléger les sources de rayons X tout en augmentant leur précision. Ces tubes sont dix fois plus légers que les tubes traditionnels, plus durables, plus stables et plus économes en énergie. Ils ouvrent donc la voie à une nouvelle génération de dispositifs d’imagerie compacts, performants et vertueux pour l’environnement. Nous avons financé la R&D de ce projet d’imagerie mobile dans le cadre de France Relance.

En 2023, DMS a racheté un site suédois qui produisait un mobile d’imagerie motorisé, le M1. Et fin 2024, dans le cadre du plan France 2030, nous avons bénéficié d’une aide pour relocaliser toute la chaîne de production en France. Une partie du M1 est encore assemblé en Suède, mais à partir de juin, il sera entièrement fabriqué en France dans notre usine de de Gallargues-le-Montueux entre Nîmes et Montpellier.

Le M1 a été choisi par les autorités ukrainiennes parmi les équipements proposés dans le cadre du fonds Ukraine financé par la France à hauteur de 200 millions d’euros, dont 60 millions pour la santé. Nous avons déjà livré 60 des 120 unités commandées à Odessa, Kharkiv… L’objectif est de soigner les blessés de guerre, mais aussi de faciliter les diagnostics du quotidien dans un système de santé sous tension.

● Quels sont les prochains défis pour DMS Imaging ?

Il est dur d’avoir une vision claire de l’avenir dans le contexte international actuel. Le monde est traversé de nombreuses tensions géopolitiques et géoéconomiques qui impactent les flux financiers.

Au-delà de ce contexte global, chez DMS, nous sommes dans une phase réglementaire cruciale. Nous attendons une AMM pour notre système Onyx, mais le nouveau règlement européen MDR a entraîné un embouteillage et un retard de 6 mois dans le traitement des dossiers. En attendant cette AMM, nous sommes obligés sur l’industrialisation de ce projet de fonctionner sur nos fonds propres. Heureusement, nous avons bénéficié du soutien de Bpifrance via une garantie bancaire et d’un financement dans le cadre du plan pour la réindustrialisation et en août 2025 Bpifrance est entré à hauteur de 6% au capital de DMS Imaging.

● Quel rôle peuvent avoir les réseaux comme La French Care ?

Il faut rappeler que la France a une réelle expertise en imagerie médicale. Certes les rayons X ont été découverts en 1895 par un physicien allemand, Wilhelm Röntgen, mais ce sont les français Marie Curie et Henri Becquerelle qui ont trouvé comment les appliquer au domaine médical. Nous avons aussi au travers de la SFR l’une des société savante les plus dynamique au monde.

Nous avons donc cette culture et ce savoir-faire de l’imagerie médicale en France et il est important de structurer la filière pour aller à l’international. Dans ce combat, je crois beaucoup à la force de l’écosystème français, des startups aux PME et ETI.