Portrait de Marie Pirotais, CEO de Biosency et Ambassadrice de La French Care

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  • Quel est votre parcours ?

J’ai une formation d’ingénieur. J’ai travaillé pendant 25 ans dans l’industrie dans des domaines variés, l’automobile puis le spatial et la défense, mais toujours dans la R&D et l’innovation pour développer de nouveaux produits en réponse aux nouveaux besoins des clients.

En 2013, j’ai décidé de suivre un Executive MBA et j’ai rencontré mon associé actuel, Yann Le Guillou. Nous avons créé une entreprise de conseil pour accompagner des entreprises innovantes dans leur stratégie marketing et leur plan de financement et au bout de deux ans, nous avons constaté que parfois nos clients portaient des innovations technologiques réelles mais peinaient à trouver un modèle associé.

C’est là que nous avons eu une discussion déterminante avec le frère jumeau de Yann, pneumologue et président d’une association de patients atteints de BPCO. La BPCO, ou bronchopneumopathie chronique obstructive est une maladie respiratoire chronique liée dans la plupart des cas au tabac. Elle est la quatrième cause de mortalité dans le monde, elle touche 480 millions de personnes dont 3,5 millions en France.

La particularité de la BPCO est d’entraîner des crises appelées exacerbations qui se traduisent par des quintes de toux violentes et une sensation d’étouffement qui nécessitent une hospitalisation en urgence, avec dans 12% des cas, un passage en réanimation. Le frère de Yann nous a alors confié son désespoir de ne pas trouver de dispositifs médicaux pour suivre les patients à domicile et leur éviter ces hospitalisations. Nous avions trouvé une cause à laquelle apporter une innovation technologique.

 

  • Pourquoi avoir fondé Biosency ?

La BPCO présente un enjeu de santé publique majeur, en nombre de patients et pour les coûts associés. La maladie coûte 3,5 milliards d’euros par an en France dont 2 milliards uniquement liés aux hospitalisations et le taux de mortalité après une première crise est de 26% à un an.

Yann et moi avons été touchés par ces chiffres. Il fallait à tout prix agir pour éviter ces crises, ces hospitalisations et permettre aux patients de rester à domicile en modifiant à distance leur traitement. Comme nous sommes basés à Rennes, dans un bassin technologique axé sur le digital et les objets connectés, nous avons cherché à développer une solution innovante de prévention de ces exacerbations via la télésurveillance. C’est de la prévention tertiaire.

En 2017, il existait de nombreuses solutions de télésurveillance dans le cardiaque et le diabète, mais rien dans le respiratoire. Nous avons créé Biosency.

 

  • Biosency, c’est quoi ?

C’est une solution de télésurveillance et de médecine prédictive qui permet d’améliorer le parcours de soin des patients souffrant d’insuffisances respiratoires. Concrètement, il s’agit d’un bracelet connecté qui mesure en continu les signes vitaux du patient – fréquence respiratoire, taux d’oxygène dans le sang, rythme cardiaque. Il faut le recharger tous les cinq jours.

Les données sont analysées par un algorithme dont on a validé les performances lors d’études cliniques. Il permet de détecter 86% des exacerbations en moyenne 4 jours avant la crise et jusqu’à 7 jours. Le pneumologue ou le médecin peut alors modifier le traitement du patient en amont et ainsi éviter l’hospitalisation.

Il y a eu de nombreuses étapes pour arriver à cette solution. Nous avons obtenu la certification DM en 2019. La solution ne donnait pas encore de score prédictif, elle mesurait simplement les signaux vitaux mais elle a été utilisée pour désengorger les hôpitaux sur les patients Covid et libérer des places en réanimation et en pneumologie. Les patients sous oxygène pouvaient rentrer chez eux avec le bracelet et être surveillés à distance.

Cette première solution de télésurveillance des signes vitaux a été mise sur le marché après la crise Covid et en 2024, nous avons lancé la production de la solution avec l’algorithme prédictif. Deux études cliniques sont en cours dont une étude contrôlée, randomisée et multicentrique. La première pour montrer combien de jours d’hospitalisation sont évités grâce à la solution. La deuxième en partenariat avec IPSO Santé et l’association Santé respiratoire France pour valider le parcours avec des médecins généralistes et l’autonomisation du patient.

 

  • Quelles sont les prochaines étapes pour Biosency ?

Nous faisons face en effet à un défi majeur. La valeur ajoutée de notre solution technologique est forte et déterminante pour le patient, mais elle nécessite un déploiement efficace de la télésurveillance. Par exemple à l’hôpital pour qu’une personne formée vérifie les données envoyées par l’algorithme et puisse contacter le patient pour modifier son traitement. La télésurveillance est bien prise en charge par l’assurance maladie, mais le déploiement sur le terrain reste lent, et les hôpitaux se montrent prudents face aux multiples solutions digitales proposées, afin de garantir la protection des données et la sécurité des systèmes, même si nous avons toutes les certifications nécessaires.

Nous avons donc décidé de travailler en parallèle avec des laboratoires pharmaceutiques et des médecins généralistes pour rendre le patient autonome et acteur de sa pathologie, car au départ, notre solution est conçue pour les professionnels de santé.

Quand l’algorithme détecte un risque d’exacerbation, un questionnaire est envoyé au patient et selon ses réponses, il lui est recommandé de consulter ou de suivre les recommandations du médecin transmises en amont. Cette autonomisation du patient exige un accompagnement thérapeutique. C’est ce que nous sommes en train de développer en mettant à disposition du patient le contenu développé par l’association Santé Respiratoire France (fiches pratiques, vidéos…) pour aider le patient à monter en compétence sur sa pathologie, l’aider à mieux gérer sa santé et optimiser ses gestes au quotidien (alimentation, activité physique, sommeil…).

Le sujet est d’autant plus important que seulement 3000 pneumologues exercent en France avec une moyenne d’âge élevée et que dans certains départements comme dans la Meuse, il n’y en a qu’un pour tout le territoire.

 

  • Vous participerez le 27 janvier prochain à la 10e édition des Grandes Tendances de la e-santé qui aura lieu à la station F à Paris, quel message allez-vous porter ?

Nous interviendrons avec Biosency dans deux tables rondes justement sur les inégalités d’accès aux soins et sur le déploiement de la télésurveillance. Notre message sera de dire que les solutions technologiques existent aujourd’hui pour les différentes pathologies et qu’il faut maintenant qu’elles soient déployées sur tout le territoire. Nous devons passer à l’échelle. Le coût de notre solution à l’année représente un jour d’hospitalisation, la rentabilité est évidente, il faut arrêter de se poser des questions et y aller !

J’ajoute que le taux de réadmission des patients BPCO est très fort de 25% en 1 mois après la sortie de l’hôpital. A l’étranger, quand un patient revient dans le mois qui suit, l’hôpital n’est pas financé à la même hauteur pour encourager à sécuriser le retour au domicile. On peut y voir là une opportunité d’améliorer notre système d’assurance maladie protecteur.

 

  • Pourquoi êtes-vous membre et ambassadrice de La French Care ?

Nous avons un intérêt évident à échanger collectivement sur ces idées, pour apporter de nouveaux modèles et pour faire évoluer notre système de santé. Nous devons inscrire nos solutions dans un écosystème commun et les défendre ensemble. C’est ce que permet le réseau de La French Care.